Chaque jour, chaque petit évènement est dirigée vers ce départ, j'y pense quoi que je fasse. Je suis à 100% dans le demain. Mais pas un demain vide, inaboutit. Non. Un demain projeté, espéré. Il n'y a rien que je ne fasse sans me poser de questions par rapport à mon départ, rien que j'achète, rien que je promette, rien que je ne prévois. J'évite d'acheter des vêtements ou des choses encombrantes, j'essaie de ne pas gaspiller d'argent, je note ce que j'aimerais faire, ce qu'il ne faudra pas manquer. Je planifie mes derniers mois, qui se tranformeront bien vite en dernières semaines, sur notre cher hexagone.
Les choses se précipitent doucement, touchant à cette fin qui était si loin, il n'y a pas si longtemps encore. Il me reste
plus tout à fait deux semaines de cours, un examen, une soirée tous ensemble
ou presque pour finir cette année en beauté
du moins je l'espère. Tout se précise. Le visa, les billets d'avion, les frais à régler, la convention de stage, les projets de chacun pour l'été. Les tensions qui s'avivent dans ce climat de fin d'année. Avec l'envie d'en finir et pourtant la tristesse de savoir que c'est aussi une page qui se tourne et une ambiance que l'on ne retrouvera jamais. Et c'est une rupture brutale entre deux mondes. Entre l'univers du CFJM & l'atmosphère de la maison. Non que celle-ci me pèse comme elle a pu le faire il y a quelques années. Cependant lorsque j'y suis j'ai l'impression de ne plus exister vraiment. On ne me laisse pas exister parce qu'il n'est pas habituel que je le fasse, parce que je dois jouer mon rôle de gentille fille douce et un peu bête, parce que. Je crois que je suis la seule à réaliser que je pars. Je ne reviendrais pas tous les week-end, je ne serais pas là pour les vacances, je ne pars pas pour quelques semaines. Je quitte la maison pour douze longs mois
treize, en vérité, sans intention d'y revenir. Une année sans Noël, sans anniversaires, sans fêtes des mères, des pères. Une année sans sorties ciné, sans diners partagés, sans marchés le samedi matin, sans ballades en famille. Surement une année sans discussions un peu inutiles, sans repas au soleil sur la terrasse, sans promener Kidu avec maman en discutant de tout et de rien. Je ne jouerais plus la diplomate, la psychologue, je ne serais plus là pour bouder, pour dire oui quand je pense non, pour sourire malgré tout. Car je resterais là-bas si j'en ai l'opportunité, je partirais ailleurs si besoin est. J'ai déjà changé, je changerais encore plus, mais je ne suis plus celle qu'ils voudraient. Je m'envole bientôt. Parfois je me demande si maman s'en sortira sans moi, sans la seule personne qui l'écoute encore, qui essaie encore de faire quelques efforts, qui prend le temps de passer du temps avec elle, qui la pousse à sortir, à se faire plaisir. J'espère qu'elle n'abandonnera pas, c'est ce qui m'effraye le plus, la seule chose qui me fait peur.
Finalement, je ferais peut-être le dernier live de la tournée de de Vidoll le 18 septembre à Tokyo. Moi qui jurais que je ne les verrais jamais il y a à peine quelques jours.
Mais depuis il s'est avéré que Jui va mal,
très mal, qu'ils vont se mettre en pause, que ça me fout un coup de blues mortel -
pas la pause, la santé de Jui - et que décidément, j'aimerais tellement les voir,
le voir. Mais le voir sur scène pour des chansons que je n'aime pas, pour un adieu aussi douloureux, alors qu'il est incapable de chanter encore leurs anciennes compositions?
Je ne sais que faire...